
Distribution d’épargne · Épisode 2
Baromètre du marché des CGP 2026 : une profession qui change d’échelle
Quelques heures seulement après la publication de la 20e édition du Baromètre du marché des CGP, réalisé par Kantar pour BNP Paribas Cardif, Active Asset Allocation a réuni Delphine Mantz et Adina Grigoriu, sous la modération de Théophile Keiser, pour en décrypter les principaux enseignements. La clientèle progresse, les besoins s’élargissent et l’intelligence artificielle s’installe rapidement dans les usages. Une question traverse l’ensemble du webinaire :
Comment préserver un conseil personnalisé sans demander à chaque conseiller d’absorber toujours plus de complexité ?
Regards croisés

Delphine Mantz
Directrice des réseaux CGP, Courtiers et Gestion privée
BNP Paribas Cardif France

Adina Grigoriu
Fondatrice et CEO
Active Asset Allocation

Théophile Keiser
Modération
Active Asset Allocation
Le marché des CGP
Vingt éditions de transformation : la réglementation structure, la technologie accélère
Interrogés sur ce qui a le plus transformé leur métier au cours des vingt dernières années, les 234 CGP ayant participé au Baromètre citent en premier lieu la réglementation, à 77 %, et la digitalisation, à 64 %.
Pour l’année à venir, la réglementation demeure leur premier défi, tandis que l’intelligence artificielle gagne rapidement du terrain dans leurs préoccupations comme dans leurs pratiques.
Ce qui a le plus transformé le métier de CGP en vingt ans
3 réponses maximum
77 %la réglementation
64 %la digitalisation
Les principaux défis de la profession aujourd’hui
Après la digitalisation des outils et des parcours, l’IA ouvre ainsi une nouvelle phase de transformation du métier.
Delphine Mantz invite toutefois à ne pas considérer la réglementation sous le seul angle de la contrainte. Si elle impose aux professionnels une adaptation continue, elle a également créé de nouvelles opportunités, notamment avec la loi PACTE et la loi relative au partage de la valeur, tout en renforçant le cadre dans lequel s’exerce le conseil.
Le métier s’est donc transformé sous l’effet conjoint de nouvelles obligations, de l’évolution des attentes des clients et de la montée en puissance des technologies. La prochaine étape ne repose plus seulement sur la digitalisation des processus, mais sur la capacité à mettre la technologie au service d’un conseil à la fois plus personnalisé, plus explicable et plus facilement déployable.
Les chiffres à retenir
des CGP citent la réglementation parmi les facteurs ayant le plus transformé leur métier au cours des vingt dernières années.
déclarent utiliser désormais l’intelligence artificielle dans leur activité, contre 56 % en 2025 et 23 % en 2024.
Premier enseignement
L’IA transforme déjà le rendez-vous client
L’utilisation de l’intelligence artificielle est désormais largement installée : 72 % des CGP déclarent l’utiliser dans leur activité.
L’usage atteint 89 % chez les 18-44 ans et 66 % chez les 45 ans et plus. La dynamique est donc rapide et concerne désormais toutes les générations de professionnels, même si son intensité varie encore selon les classes d’âge.
L’usage de l’IA progresse fortement : 72 % des CGP l’utilisent, contre 56 % en 2025
23 % en 2024
utilisent l’IA dans le cadre de leur activité
18-44 ans : 89 %45 ans et + : 66 %
Dans le détail de l’usage
Mais le contraste le plus révélateur se situe ailleurs.
Seuls 25 % des CGP pensent que l’IA transformera profondément leur métier, y compris le conseil. Dans le même temps, 67 % estiment qu’elle a déjà fait évoluer le comportement de leurs clients.
Dans le détail :
- 35 % jugent leurs clients un peu mieux informés
- 16 % les considèrent nettement mieux informés et mieux préparés
- 16 % les trouvent également plus enclins à challenger leurs recommandations
Un quart des CGP voit l’IA transformer profondément le métier, mais son impact se manifeste déjà plus largement chez les clients
pensent que l’IA va transformer en profondeur le métier, y compris le conseil
67 %pensent que l’IA a fait évoluer le comportement de leurs clients
Avant même de transformer le métier en profondeur, l’IA transforme donc déjà les conditions dans lesquelles se déroule le rendez-vous client.
Le client arrive avec davantage d’informations, de comparaisons et parfois de convictions. Mais disposer de plus d’informations ne signifie pas nécessairement mieux comprendre les risques, les interactions entre les différentes composantes d’un patrimoine ou les conséquences d’une décision sur l’équilibre global d’un portefeuille.
Pour Delphine Mantz, ces résultats témoignent de la lucidité de la profession. Les clients recherchent davantage d’informations et arrivent mieux préparés. Le conseiller doit donc gagner du temps, mieux contextualiser ses recommandations et personnaliser davantage son accompagnement.
Adina Grigoriu prolonge cette analyse : l’accès à l’information ne suffit plus à créer de la valeur. Le rôle du conseiller consiste à relier cette information à la situation réelle du client, à mesurer ses conséquences sur son portefeuille et à pouvoir expliquer la recommandation formulée.
Ces évolutions font apparaître deux points de vigilance.
Le premier concerne la capacité du conseiller à maintenir sa valeur ajoutée face à un client mieux documenté. Le professionnel ne peut plus uniquement transmettre une information devenue largement accessible. Il doit l’interpréter, la hiérarchiser et la transformer en décision pertinente.
Le second concerne le client lui-même. Celui-ci peut être tenté de s’appuyer sur une intelligence artificielle générique ne connaissant ni l’ensemble de sa situation patrimoniale, ni ses contraintes, ni son horizon de placement, ni les règles encadrant la construction d’une allocation.
L’enjeu n’est donc pas d’opposer l’intelligence artificielle au conseiller. Il est de déterminer dans quel cadre elle peut réellement renforcer la qualité du conseil.
Notre conviction
Pour être utile au professionnel comme au client, l’IA doit s’appuyer sur des données fiables, des calculs transparents, des règles maîtrisées et une validation humaine clairement identifiée.
Deuxième enseignement
La clientèle s’élargit, le conseil aussi
70 % des CGP ont vu leur clientèle progresser.
Parmi les nouveaux profils accueillis ces dernières années figurent notamment :
- les professions libérales, citées par 44 % des répondants
- les dirigeants de TPE-PME, à 43 %
- les travailleurs indépendants, à 33 %
- les héritiers primo-investisseurs, à 32 %
Nouveaux profils de clients accueillis ces dernières années
La clientèle s’élargit d’abord aux professions libérales, aux dirigeants de TPE-PME et aux héritiers
La clientèle s’élargit donc à des profils dont les besoins, les connaissances financières, les capacités d’épargne et les horizons de placement peuvent être très différents.
Le champ du conseil continue lui aussi de s’étendre. Hors assurance-vie et contrats de capitalisation :
- 53 % des CGP comptent proposer davantage de solutions de retraite individuelle
- 40 % souhaitent développer davantage l’épargne salariale
- 37 % envisagent de renforcer leur offre de prévoyance individuelle
Produits et services que les CGP comptent davantage proposer
Hors assurance-vie et contrat de capitalisation
Cette extension de la clientèle et de l’offre constitue une opportunité importante pour la profession. Elle augmente toutefois le nombre de situations à traiter, de solutions à connaître, de règles à appliquer et d’arbitrages à expliquer.
Elle pose donc une question très concrète :
Comment couvrir davantage de besoins sans transférer toute la complexité au conseiller ?
Pour Adina Grigoriu, la réponse ne réside pas dans l’ajout successif d’outils ou de solutions, mais dans une répartition claire des rôles entre les différents niveaux de l’organisation.
Les équipes centrales
définissent les univers d’investissement, les modèles, les règles, les campagnes et les cadres de distribution.
L’infrastructure
industrialise les calculs, les contrôles, la conformité, la traçabilité et le suivi dans le temps.
Le conseiller
conserve la connaissance du client, la pédagogie, l’adaptation de la proposition et la responsabilité de la recommandation.
Lorsque ces trois niveaux sont réunis dans un même parcours, l’offre peut s’élargir sans obliger chaque conseiller à reconstruire seul l’ensemble de l’analyse à chaque évolution de la gamme ou à chaque nouveau besoin.
Le conseiller n’est pas privé de son autonomie. Il dispose au contraire d’un cadre lui permettant de concentrer son temps sur ce qui crée véritablement de la valeur dans la relation : comprendre la situation du client, expliquer les choix possibles et adapter la proposition.
Comme le résume Delphine Mantz :
En conjuguant innovation, personnalisation et renforcement de leurs expertises, les conseillers réinventent progressivement leur métier et élargissent leur clientèle.
Delphine Mantz — BNP Paribas Cardif
L’enjeu n’est donc pas uniquement de proposer davantage de solutions. Il est de rendre cette offre plus facilement mobilisable, plus lisible et plus personnalisable pour chaque client.
Les chiffres à retenir
des CGP ont vu leur clientèle progresser.
comptent proposer davantage de solutions de retraite individuelle.
Troisième enseignement
Le regain de confiance s’accompagne d’une diversification accrue
Les réponses au Baromètre font apparaître un retour progressif de la confiance, sans effacer une inquiétude qui demeure majoritaire.
Au cours des douze derniers mois, 54 % des CGP ont observé une diversification accrue des investissements de leurs clients, devant la recherche de sécurité, citée par 38 % d’entre eux.
Pour les douze prochains mois, les CGP pensent que leurs clients seront particulièrement attentifs :
- au rendement, pour 69 %
- au niveau de risque, pour 66 %
- à la diversification de leurs avoirs, pour 49 %
Ce à quoi les clients seront le plus sensibles dans leurs placements
Pour les douze prochains mois, selon les CGP
Ces résultats montrent que la recherche de performance ne s’effectue pas indépendamment du risque. Les clients restent attentifs à la protection de leur patrimoine, mais semblent également plus ouverts à une diversification de leurs investissements.
Dans l’assurance-vie et les contrats de capitalisation, 46 % des CGP proposant déjà des ETF prévoient d’en proposer davantage. Parmi les professionnels qui les utilisent déjà, les ETF arrivent ainsi en tête des supports appelés à se développer.
Lisibilité et transparence, de nouveaux drivers dans les allocations financières
Dans l’assurance-vie et le contrat de capitalisation, parmi les CGP qui proposent le support
- Davantage le proposer
- Autant
- Moins le proposer
Ce résultat a ouvert un échange de fond pendant le webinaire.
Adina Grigoriu y voit la possibilité d’un retour de l’allocation d’actifs au premier plan : moins raisonner produit par produit, davantage analyser les classes d’actifs, les expositions, les interactions entre les supports et la cohérence globale du portefeuille.
L’essor des ETF peut en effet conduire à remettre l’exposition recherchée au cœur du raisonnement. Le choix ne repose alors plus seulement sur la sélection d’un produit, mais sur sa contribution à l’équilibre général du portefeuille.
Delphine Mantz prolonge cette lecture par un constat de terrain : dans ses échanges avec les CGP, les notions de diversification, de décorrélation et d’exposition aux différents marchés occupent une place croissante.
Cette évolution renforce également l’exigence de pédagogie. Plus les possibilités d’investissement s’élargissent, plus le client doit pouvoir comprendre la fonction de chaque support, le risque associé et sa place dans la stratégie d’ensemble.
L’enjeu n’est donc pas seulement d’élargir la gamme. Il est de construire une allocation cohérente, lisible et explicable au client.
Regard croisé
Industrialiser ne signifie pas uniformiser
Pour Adina Grigoriu :
L’avenir de l’épargne ne réside plus dans le choix entre personnalisation et efficacité industrielle. Il réside dans la capacité à rendre les deux indissociables.
Adina Grigoriu — Fondatrice et CEO, AAA
Cette conviction repose sur une distinction essentielle.
Industrialiser ne signifie pas reproduire la même proposition pour tous les clients. Il s’agit d’industrialiser ce qui peut l’être (les calculs, les contrôles, l’application des règles, la traçabilité et le suivi) afin de rendre la personnalisation réellement déployable à grande échelle.
Les deux cas d’usage présentés pendant le webinaire montrent concrètement ce que cette logique peut changer sur le terrain.
Sur le terrain · 2 cas d’usage
Cas d’usage 1
Des agents mieux outillés pour développer l’épargne
Chez LALUX, l’enjeu consiste à remettre l’épargne au cœur de la distribution auprès d’un réseau de 150 agents directs et 700 agents libres, qui ne sont pas tous experts des problématiques patrimoniales.
Trois simulateurs ont été configurés autour de trois produits d’épargne.
En rendez-vous, l’agent peut construire avec son client une proposition adaptée à son horizon de placement, à ses objectifs et à sa capacité financière. Il peut comparer plusieurs stratégies, visualiser différentes trajectoires de gains et de pertes, puis ajuster l’allocation ou le niveau des versements.
L’objectif n’est pas de faire disparaître le rôle du professionnel derrière un calcul automatisé. L’outil devient au contraire un véritable support de conversation avec le client.
Il permet de rendre visibles les conséquences des différents choix, de comparer plusieurs trajectoires et d’aider le client à se projeter.
La technologie contribue ainsi à rendre le choix plus compréhensible sans appauvrir l’offre. Elle fournit un cadre à l’échange tout en laissant à l’agent la possibilité d’adapter la proposition à la situation rencontrée.
Delphine Mantz observe que ce type d’outil se généralise. Intégré au quotidien des professionnels, il permet de gagner du temps et en efficacité. Sa valeur devient pleinement visible lorsqu’il améliore la qualité de la relation commerciale et facilite la compréhension du client.
L’outil ne remplace donc pas la relation. Il lui donne un support plus concret, plus visuel et plus pédagogique.
Cas d’usage 2
Faire vivre une gamme qui s’élargit
Le deuxième cas concerne un réseau national d’environ 650 CGP.
L’objectif est de permettre à chaque conseiller de personnaliser ses propositions à partir du cadre défini et animé par les équipes centrales, sans repartir de zéro à chaque évolution de la gamme, à chaque campagne ou pour chaque nouveau client.
Côté équipes centrales, l’ingénierie financière pilote les portefeuilles modèles et les campagnes de produits structurés dans Coanda PMS.
Elle peut ainsi définir les allocations, encadrer les univers d’investissement, faire évoluer les modèles et organiser les campagnes depuis un environnement centralisé.
Côté terrain, les conseillers déclinent ces éléments pour chaque client dans Coanda Simulations, directement depuis leur environnement de travail habituel.
Le dispositif permet de combiner gestion sous mandat, gestion libre et produits structurés au sein d’un même contrat, tout en donnant au conseiller une vision globale du risque.
Le conseiller ne part donc pas d’une page blanche. Il s’appuie sur un cadre défini par les équipes centrales, qu’il peut ensuite adapter aux caractéristiques, aux objectifs et aux contraintes de chaque client.
L’outil est aujourd’hui déployé auprès de 75 % des conseillers du réseau. Lors de la première campagne de produits structurés, le volume mensuel de simulations a doublé.
Ces résultats montrent que l’efficacité opérationnelle ne tient pas uniquement à la performance de l’outil. Elle repose également sur la continuité créée entre les équipes centrales, l’ingénierie financière et les conseillers.
L’intelligence artificielle y trouve également une place encadrée. La cellule d’ingénierie financière teste la génération de commentaires de gestion. L’IA produit une première version ; l’expert la relit, la complète si nécessaire et la valide avant toute utilisation. Ce fonctionnement illustre une approche dans laquelle l’IA accélère la production sans se substituer à l’expertise ni à la responsabilité humaine.
Les chiffres à retenir
des conseillers du réseau sont équipés de l’outil.
sur le volume mensuel de simulations lors de la première campagne de produits structurés.
Voir le replay du webinaire
Regarder sur YouTubeSource des données : Baromètre du marché des CGP 2026, réalisé par Kantar pour BNP Paribas Cardif auprès de 234 CGP. Cas d’usage et analyses : webinaire Active Asset Allocation × BNP Paribas Cardif du 22 septembre 2026.



